Arthur Ténor


 
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 "Le secret du genre humain" - 2ème chapitre

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Maxime
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Livre préféré : N'en citer que quelques-uns serait une offense envers les autres. Je préfére donc n'en citer aucun.
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MessageSujet: "Le secret du genre humain" - 2ème chapitre   Mer 13 Aoû 2008, 14:39

Suite... et fin.


2 Le doigt dans le pétrin

Onze morts, treize blessés, tel est le bilan de la tuerie de l'émission « On se dit tout... en direct ». Le forcené a lui-même été abattu sans sommation dans sa voiture, alors qu'il rentrait chez lui aussi tranquillement qu'après être allé voir un copain. Vivement choquée, la nation tout entière s'interroge depuis sur la facilité avec laquelle un homme, déjà catalogué « dérangé mental », a pu introduire sur un plateau de télévision un pistolet et une ceinture de chargeurs. Pour les spécialistes, c'est plutôt le cas psychiatrique qui fait débat : aurait-on pu prévoir un tel acte de folie ? Peut-on seulement l'expliquer ? Car ce qui a frappé les psychologues, c'est la froideur et l'absence de théâtralisation du tueur pendant son acte criminel. Même les pires serial killers ne peuvent s'empêcher de mettre en scène leurs crimes, de les expliquer, voire de leur donner une justification « mystique ». Le cas Gestin ne laisse prise à aucune interprétation classique, car il ne correspond pas vraiment à un schéma clinique.

Pour le commandant Ronet, qui suit avec un intérêt soutenu les conséquences et développements de cette affaire, une autre question se pose : le coup de folie de Gestin va-t-il susciter des vocations ? Car son écho médiatique n'aura sûrement pas échappé aux quelques autres illuminés de son espèce. En vérité, l'inquiétude d'Fabrice n'est pas due au hasard : quelques semaines plus tôt, une affaire criminelle digne d'un film d'horreur a été évitée de justesse. Elle n'a donc pas fait la une des journaux, mais le commandant a pu en connaître les détails par des collègues du commissariat chargé de la traiter. Un vétérinaire, brusquement reconverti dans la chirurgie esthétique, s'était promis de « changer la face du monde ». Son assistante avait d'abord cru à une blague de carabin, jusqu'à ce qu'elle découvre que son patron s'apprêtait à kidnapper deux de ses clientes, afin de procéder à une première expérience « d'échange de visage » ! Dénoncé puis interpellé, l'homme avait avoué avec un calme effarant ses intentions, les justifiant simplement ainsi : « Certains sculptent le marbre, d'autres le bois. Mais la plus noble des matières, c'est la chair ». Un aveu à glacer le sang d'un vampire. L'homme a été illico conduit à Sainte-Anne.

Ce qui dans cette histoire a intrigué Fabrice Ronet, c'est le parcours de ce criminel en puissance. Il paraissait parfaitement normal et équilibré, jusqu'à ce que lui vienne l'envie de commencer des études de chirurgie esthétique. Le cursus universitaire étant long, et à ses yeux incomplet, il s'était attaqué seul au programme. Le plus surprenant avait été la rapidité avec laquelle il avait assimilé une somme de connaissances qui aurait demandé cinq années d'études à un étudiant brillant. Le speeder docteur avait mémorisé l'intégralité de la documentation disponible sur le sujet. Ne lui manquait que la pratique...

Quel rapport avec le massacre auquel sept millions de téléspectateurs ont assisté en direct ? Arnaud Gestin s'était pareillement, et au même moment, découvert une vocation peu ordinaire, nécessitant des capacités hors du commun, et qu'il avait acquises en quelques semaines.

– Bizarre, bizarre, murmure Fabrice en se caressant le menton.

– Pardonnez-moi, mais... pourquoi dites-vous bizarre ?

Le commandant dévisage le bonhomme malingre et timide assis de l'autre côté de son bureau.

– Moi, j'ai dit bizarre ?

– Mais oui, je vous assure. Vous avez dit bizarre, bizarre en regardant ma déposition.

Fabrice reste quelques secondes sans réaction, puis soudain éclate de rire.

– Ne faites pas attention, j'étais en train de penser à un drôle de drame. Reprenons...

– Mais... commandant, vous m'avez dit que c'était fini, et que je n'avais plus qu'à signer.

L'officier de police acquiesce en souriant. Il donne le document à parapher au plaignant, un commerçant victime d'une tentative d'extorsion de fonds, le raccompagne à la porte de son bureau, puis revient s'asseoir pour, enfin seul, reprendre sa méditation à voix haute :

– Donc, ces types ont développé des capacités incroyables en trois claquements de doigts. Et ensuite, ils pètent un plomb.

Les pieds sur son bureau, observant d'un air inspiré par la fenêtre la façade grise de l'immeuble d'en face, il se demande s'il pourrait exister une analogie plus étroite entre les profils de ces deux déments. Après quelques secondes, il renonce avec un soupir de lassitude. De toute façon, se dit-il, n'étant pas chargé d'enquêter sur ces affaires, sans doute déjà classées, il ferait mieux de réfléchir aux siennes propres, dont cette histoire de racket. Sans conviction ni grande concentration, il relit la déposition du petit commerçant. Mais voici que pépie joyeusement sur son bureau son téléphone mobile. Il s'empare de l'appareil, dont l'écran lumineux affiche le plus doux des noms : Iness.

– Miaou ! miaule-t-il en acceptant la communication.

– Fabrice, je te dérange ?

Le policier se laisse aller avec décontraction contre le dossier de son fauteuil.

– C'est que... je suis en entretien particulier avec ma nouvelle stagiaire, Ingrid. Une Suédoise...

– S'il te plaît, cesse de faire l'idiot, j'ai quelque chose à te dire.

Fabrice fronce les sourcils. Iness est préoccupée, donc il l'est lui aussi.

– Je suis seul. Qu'est-ce qui se passe ?

– Je viens de recevoir un appel de Patricia. Tu sais que son patron est en arrêt maladie ?

– Oui, et qu'on ignore si ça va durer. Elle est virée ?

– Non, ça n'a rien à voir. En attendant que la direction nomme un rédac chef par interim, Patricia gère le courrier et bien sûr les mails.

– Hum... normal pour une secrétaire de rédaction.

– L'un des messages qu'elle a reçus lui a paru bizarre.

– Bizarre ?

– Oui, très bizarre.

– Tu as dit bizarre ?

– Fabrice, je t'en prie, elle est un peu lourde, celle-là.

– Bon, et alors.

– Alors, elle m'a envoyé une copie du mail que j'ai transférée sur notre boîte perso pour que tu puisses l'ouvrir.

– Tu ne veux pas m'en dire plus ?

– Non. Lis-le et rappelle-moi au bureau pour me dire ce que tu en penses. À plus, mon commandant.

– À plus, ma minette.

Sitôt raccroché, Fabrice fait crépiter son clavier d'ordinateur pour qu'apparaisse le fameux courriel. Il le lit rapidement et constate qu'effectivement, son contenu a de quoi inspirer la plus grande perplexité.

Il a pour objet : « Révélations sur Arnaud Gestin ».

« À l'attention personnelle de M. Yves Carlin, rédacteur en chef du Monde.


De la part du professeur Etienne Hamys, neurologue.


Monsieur,

Le massacre du 17 mai, en direct à la télévision, a une explication qui n'a pas encore été trouvée, mais le sera inévitablement dès lors que les enquêteurs découvriront qu'Arnaud Gestin suivait, dans mon unité de recherche, un certain conditionnement neuropsychiatrique. Ce drame était un accident (arrêt prématuré et trop brutal de traitement), dont je ne souhaite pas être tenu pour responsable. Or, si j'étais amené à devoir me justifier publiquement, cela reviendrait à me défendre comme un présumé coupable, ce qui aurait des conséquences désastreuses sur ma réputation et ma carrière. J'ai donc décidé de prendre les devants en révélant à un organe de presse de premier plan la cause indirecte de ce terrible drame. Pour cela, je vous propose d'entrer en relation avec moi, de manière confidentielle, en m'appelant au numéro de téléphone indiqué ci-dessous. Je vous demande une réponse sous 24 heures, faute de quoi je m'adresserai à un autre journal. »


Le courriel se termine par une formule de politesse et un numéro de mobile.

Spontanément, Fabrice est tenté de composer ce dernier. La raison lui commande de n'en rien faire et de prendre le temps de réfléchir avant d'entreprendre quoi que ce soit. En vérité, en ces temps qui manquent singulièrement de piment, une décision s'est déjà esquissée dans son subconscient d'aventurier. Il décroche son téléphone de bureau, puis compose le numéro de Iness qui est graphiste numérique dans une agence de design.

– Miaou ! miaule-t-il dès qu'il entend sa voix cristalline.

– Alors ?

– Alors, j'aimerais que tu demandes à ta copine de garder ce message secret sous le coude pendant vingt-quatre heures.

– D'accord, et je lui justifie ça comment ?

– Je vais prendre la place de son patron.

– Pardon ?

– Juste le temps d'un coup de fil.

– C'est pas pour que tu fasses une bêtise que je t'ai appelé.

– Ah ? C'est pour quoi alors ?

– Patricia attend un conseil, pas d'être impliquée dans une usurpation d'identité.

– Mon conseil, c'est qu'elle ne parle de ce mail à personne jusqu'à demain. Tu n'es pas obligée de lui en dire plus.

Un silence prolongé indique que la jeune femme réfléchit.

– Bon, d'accord, finit-elle par consentir. Après tout, ça fait partie de ton boulot de flic. À plus tard.

– À plus tard.

– Tu veux bien me refaire le matou amoureux... ?

Fabrice s'exécute, jusqu'à ce que la porte du bureau s'entrebâille et qu'une tête apparaisse.

– Je vois que mon commandant est en plein interrogatoire, remarque le lieutenant Hubert Michalon. Tu es sur l'affaire des Aristochats ?

Il referme vivement la porte pour éviter la boule de papier que lui lance Fabrice. Celui-ci pose un regard indécis sur son téléphone qu'il vient de raccrocher. Quelque chose lui dit qu'il s'apprête à mettre le doigt dans un sacré pétrin. À l'inverse, il songe qu'il n'y a rien de tel pour tuer l'ennui qu'une bonne embrouille à portée nationale.

ARTHUR TENOR.


Pour la suite : attendez septembre & achetez le livre !
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